
Xavier Cortada

Projet
Genetic Markers (Ancestral Journeys across the Asian Continent)/Marqueurs génétiques (voyages ancestraux au long du continent asiatique)
Le parcours d’une série de drapeaux anime la forêt par sa palette de couleurs vives, mais ce que Xavier Cortada cherche à représenter symboliquement est la longue progression des premiers Homo Sapiens depuis l’Afrique de l’Est jusqu’à leur implantation progressive sur tous les continents.
Il y a 60 000 ans, un groupe d’hommes et de femmes a commencé à migrer vers le nord. Nous gardons dans notre ADN des traces de cette migration, qui s’est effectuée soit vers l’est jusqu’en Asie, et de là par le détroit de Béring, jusqu’en Amérique, soit vers l’ouest, jusqu’en Espagne et en Scandinavie. L’ADN mitochondrial, celui des femmes, nous permet de remonter jusqu’à « l’Ève » primitive, alors que les marqueurs du chromosome Y, ceux des hommes, ont gardé des indices des lignées paternelle et maternelle.
L’artiste s’est joint au Genographic Project, un projet de recherche lancé par National Geographic. La recherche vise à recueillir l’ADN d’un très grand nombre d’individus pour reconstituer les trajets de nos lointains ancêtres. En créant une branche artistique à ce projet, Xavier Cortada lui confère des qualités visuelles et augmente la cueillette d’informations.
La série de drapeaux retrace donc la traversée vers l’est, en soulignant les groupes génétiques dominants de chaque pays. Ainsi, le départ du voyage se fait au Kenya, dont le groupe génétique est E, tout comme celui de l’Égypte (drapeaux verts). Puis viennent Oman et les Émirats arabes unis, dont le groupe est J (drapeaux bleu pâle). Le groupe R (drapeaux bleu foncé) comprend l’Afghanistan, le Pakistan, le Népal et l’Inde. Mais l’Inde comporte aussi des gens du groupe H (drapeaux violets). Le groupe D se trouve au Tibet, au Japon et à Java (drapeaux rouges). La Chine, la Thaïlande, la Corée et la Malaisie se trouvent représentés par le groupe O (drapeaux orange). Enfin, l’Australie et les îles Tonga et Samoa se situent à la fin du voyage (drapeaux jaunes). Les emplacements des arbres correspondent approximativement à l’emplacement des pays sur une carte du monde.
Ainsi, des individus provenant de différents pays se trouvent à avoir les mêmes ancêtres lointains et d’autres partageant le même espace n’en ont pas. L’ultime leçon, selon l’artiste, est de considérer les frontières politiques comme étant profondément artificielles et de mettre les efforts mondiaux en commun notamment pour mitiger les effets du réchauffement climatique.
Pascale Beaudet, commissaire






